Miroir

Cela fait vingt minutes que je regarde les photographies prises dans l’après-midi d’un air dubitatif. La culotte est jolie, forcement puisque je l’ai choisie. Sur la première, on voit mes vergetures au niveau du haut de mes cuisses, sur la deuxième, on voit bien que mes hanches sont trop larges. Sur la dernière enfin, on voit mon ventre gonflé malgré la position qui devrait le rendre plus plat.
Alors, cela fait vingt minutes que j’hésite à les poster comme ça ou à ouvrir Photoshop et à gommer cette réalité-là en cinq petites minutes. Cela serait simple et facile. Mon corps serait corrigé gommé effacé. Oublié.

Depuis que j’ai ouvert ce compte, je me dis que je voudrais avant tout apprendre à percevoir mon corps différemment, à le regarder d’un regard plus bienveillant, à apprivoiser à vingt-sept ans enfin ses défauts. C’est comme ça qu’on sait qu’on aime vraiment une personne après tout, non ? Quand on commence à l’aimer plus pour ses défauts que pour ses qualités. Voilà, je voudrais m’aimer.

Alors, je ne cède pas. Je ne pleure pas. Je ne me déteste pas. Je n’ouvre pas Photoshop. J’écris ce petit message-pansement à la place. Oui, je prends toujours des photographies avec le bon angle et avec une lumière douce. Oui, c’est rarement instantané ou naturel, et alors ? Oui, j’aimerais bien que cela soit un peu plus simple parfois je crois aussi. Oui, mes fesses sont plus plates en vrai. Oui, j’ai du ventre, des bras qui font plop-plop et des seins que les garçons trouvent un peu petits et que je voudrais bien pourtant encore un peu plus plats. Oui et ce n’est ni grave ni important en fait. Cela fait pas de mon corps, un corps repoussoir ou monstrueux.

Et oui, en photo, ce n’est pas vraiment mon corps brut, mais cela reste mon corps. Mon corps avec une lumière et un angle doux. Alors, aujourd’hui, on essaie de grandir ensemble. S’il est marqué, c’est parce que je l’ai souvent maltraité et qu’il en conserve des traces. Et, je crois que ces traces me rappellent finalement un peu mon histoire et qu’il faut apprendre à s’aimer. Tout doucement parce qu’on est un tout, pas juste un cerveau ou un corps.

Allez, publions.

 

Tu voudrais

Tu voudrais que ce garçon te déboutonne. Qu’il retire les liens qui te tendent. Qu’il défasse ce noeud qui te fait tenir droite depuis des années et qui t’empêche de dire des mots simples. Tu voudrais qu’il s’approche un peu de toi qu’il te regarde qu’il te parle. Qu’il te dise, lui aussi et avec ses grands yeux bleus, des mots simples. Qu’il te donne la première note, l’impulsion qui te manque pour sauter dans le vide.

Tu voudrais avoir le courage de lui dire qu’il te tord le ventre depuis la première fois où tu l’as vu. Qu’il te prend au cœur, pend le cœur. Que tu l’as dans la peau. Sous la peau, c’est ça, il te faire vivre en dedans. Il te fabrique, malgré lui, des histoires auxquelles tu t’accroches. Des histoires qui accélèrent littéralement les battements de ton cœur.

Tu voudrais lui dire aussi qu’il est beau, bordel, que tu imagines ces jolies mains caresser ton ventre, que.