La photographie

 

La pièce est grande, impressionnante. C’est une pièce avec du parquet ancien, une cheminée et des portes-fenêtres qui donnent sur la rue. Au centre, se trouve un canapé. Au sol, quelques livres.

Il me dit qu’il voudrait me prendre en photographie dans cette pièce, qu’il voudrait que je me vois comme il me voit. Il voudrait que je me regarde à travers le désir et l’envie des corps. A travers aussi son regard d’homme. Une photographie brute qui montre mon corps de femme.

Il me dit alors de m’assoir sur le parquet, de me pencher juste un peu. Il est au dessus de moi. Il me dit de relever le menton et de le regarder. Quand il me dit ça, il ajoute toujours que je suis belle. Il sourit. Ses yeux pétillent.

Puis, il me demande de m’allonger. Le parquet est froid. Je frissonne. Mon corps se tend. Je ferme les yeux. Je l’entends s’assoir près de moi. S’approcher de moi. La pièce est silencieuse.

Et puis, cette photographie est prise. Moi par lui. A cet instant-là.

 

 

La rencontre

 

 

Une robe en cachemire, du mascara et des bas noirs. Paris, jeudi, 20 heures.

Il fait déjà nuit. Pousser la porte d’un bar branché. Les mains qui tremblent. La musique forte, les garçons en costumes, les filles en robes et talons. Ils sont beaux.

Au bar, le reconnaitre déjà. Lui et sa chemise ajustée, son jean brut et ses cheveux débroussaillés. Glisser ma main derrière son cou. Lui sourire et murmurer « bonsoir joli garçon » au creux de son oreille. M’approcher de ses lèvres. Lui faire la bise, sentir sa peau douce et son parfum léger. Se reculer de quelques centimètres. Du regard, chercher une table libre. Sentir sa main se glisser dans la mienne et se diriger vers une table. Déjà, le cœur qui bat.

Héler le barman. Un mojito pour moi. Un second whisky pour lui. Lui dire que je suis heureuse d’être d’ici, de le voir, de pouvoir enfin le toucher si l’envie est là. Quand l’envie sera là. Il me répond qu’il est heureux que je sois là, que je sois venue. Que jusqu’au dernier moment il craignait que je ne vienne pas. Il ajoute qu’il me trouve belle. Belle et désirable.

Le barman qui arrive. La commande est posée sur la table. Tenir le verre entre mes mains. Siroter le cocktail du bout des lèvres. Le premier silence. Glisser une mèche derrière l’oreille et mes doigts autour de mon cou. Sourire, lui sourire. Pour un oui, pour un désir. Le regarder dans les yeux aussi. Retrouver l’alchimie de nos mots et de nos échanges. De ces dizaines de mails échangés qui racontaient, en filigrane, notre désir.

Au fil de la soirée, sentir son regard sur mes jambes, mes cuisses, mes seins. Aimer ce regard, cette tension érotique entre nous. La robe qui remonte de quelques centimètres au fil de nos discussions. La laisser faire. Se sentir désirée. Un dernier cocktail et sa main qui frôle doucement ma joue. Ses bons mots, son enthousiasme et ses sous-entendus. Lui dire que je suis bien et que j’aime déjà ce commencement-là avec lui. Lui dire que la réalité est parfois plus belle que l’imagination. Que je le désire aussi. Que j’ai envie de sentir son corps contre le mien.

Au moment de se quitter, un léger flottement. Osciller entre l’envie de laisser grimper le désir, encore, entre nous. En nous. Et celui de prolonger la soirée ensemble, de découvrir la façon qu’il aura de me faire l’amour et dont nos corps se rencontreront enfin.

Merci pour cette délicieuse soirée.