L’écriture

Un soir, il te dit qu’il a lu le mail que tu as envoyé au garçon aux yeux bleus en août. Il te dit qu’il aurait aimé que ces mots lui soient destinés. Il te dit, écris-moi. Il te presse. Tu trembles. Tu dis, tu apaises, ce n’est que du jeu tout ça, une mise en scène.

Il te dit qu’il aimerait que tu lui écrives. Tes mots pour lui, cela fait longtemps que tu les as perdus. Tu as perdu la distance nécessaire pour trouver les mots justes. Votre histoire, elle te colle au corps. Tu t’es laissée engloutir. Absorber. Tu sais écrire sur le rien, les amours passagères et le futile. Tu sais tordre le réel. Tu sais t’en inspirer et le rendre lumineux. Tu sais, aussi, écrire ce que tu ne vis pas. Tu sais écrire l’amour quand il n’existe pas. Tu sais jouer les sentiments, les amplifier, les déchiqueter.

Il te dit qu’il aimerait lire des mots pour lui et tu ne réponds pas. Tu ne sais plus dire les mots avec lui. Ils restent bloqués dans l’abdomen et, à cause d’eux, tu as l’impression de manquer d’air depuis des mois.

Il te dit  j’aimerais que tu nous écrives une fois et tu ne dis rien. Tu ne sais plus vous dessiner, vous mettre en scène, vous dire les mots qui apaisent. Alors, tu restes muette et tu souris. Il dit, parle-moi. Tu voudrais pouvoir trouver les mots qui rassurent et voir son sourire quand il les entendra. Tu voudrais l’éclairer à nouveau. Tu te trouves un peu nulle, un peu injuste, un peu cruelle. Tu t’en mordilles.

Tu passes ta vie à écrire, et là, tu ne peux pas. Tu ne sais pas jouer avec lui. Tu voudrais pouvoir écrire ce lien qui vous unit et te serre le coeur. Mais, rien ne vient. Tout est éteint à l’intérieur.