Jouons-nous

Onze heure, Madrid.

Tu es assis en face de moi. Tu as pris un café. Je sirote une citronnade en te regardant dans les yeux. C’est la première fois que nous nous rencontrons. Tu portes un chemise bleu claire, tu as les cheveux des nuits agitées et un sourire provocant. Je porte une robe bleu marine ajustée. Je l’avais glissée dans ma valise en pensant à toi. C’est toi qui m’avais convaincu de l’acheter cet automne. Tu m’avais écrit que c’était une robe à tomber amoureux.

Tu as posé tes mains sur la table en bois. Tu as les doigts fins. C’est une de ces premières journées d’hiver où le soleil semble, tout à coup, s’éveiller. De l’intérieur, il fait déjà chaud. On s’observe. On ne dit rien. On laisse le silence s’étreindre entre nous.

Je te souris. Tu me demandes, tout à coup, ce que je recherche. Tu me demandes pourquoi tu es là en face de moi, pourquoi j’ai insisté pour te rencontrer. Tu me demandes, d’un ton provocant, si j’aime vraiment ça le sexe. Si je jouis parfois après t’avoir envoyé un message ou en pensant à toi. Tu me demandes pourquoi tout ça. Tu te tiens droit, en face de moi, et tu me dis que j’essaie de me faire peur, que je provoque, que tu n’es pas un jouet.

Je te regarde et je ne te réponds pas. Je ne pas te dis pas que je suis un cœur d’artichaut. Que je me suis attachée à toi et que j’avais besoin de mettre un visage sur nos mots. Que Madrid, que ce voyage imprévu, c’était pour ton sourire et pour tes mots crus murmurés. Je te ne dis pas non plus que je te désire, que je suis perdue, névrosée, dingue ; que je suis obsessionnelle de toi et que je voudrais bien sentir tes mains juste là, là sur ma joue.

Tu vois, je ne dis pas que j’ai rêvé, l’autre nuit, de ton sexe à l’intérieur du mien et de tes mains sur mes fesses. Je ne te raconte pas mes doigts trempés et mon envie de toi. Je ne te dis pas mon désir de te sentir en moi depuis que j’ai croisé ton regard dans ce café madrilène.

Alors, je tremble et je souris. Je respire et je te réponds que je joue, voilà que la vie est un jeu. Et puis, je te demande si tu veux jouer avec moi.

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