Paris – Montréal

On se donne rendez-vous entre deux avions. Tous les deux, on est des oiseaux. On s’aime de cette façon-là. Sans attache et avec ce sentiment de liberté qui nous envahit quand on pense à l’autre. On ne force pas le destin. On se voit tous les cinq douze dix-huit mois. On ne s’appelle pas, jamais. On ne s’écrit pas de mails régulièrement. On se pense. On s’envoie, par la poste, quelquefois des lettres manuscrites et des objets qui nous font penser à l’autre. On est bienveillants et silencieux.

Vingt heures. Tu es déjà là. Tu me prends dans tes bras et me serres fort. J’enfouis mon visage dans ton cou. Je te respire. Je me glisse dans ton accent qui sent bon le sirop d’érable. Je te demande de me serrer encore un peu plus fort. Je dis. Serre-moi fort, je veux sentir ton corps s’ancrer doucement dans le mien.

Tu commandes deux coupes de champagne. Tu dis que nos retrouvailles sont des fêtes, des jours de fête. Je bois à tes grands yeux bleus, à ton rire et tes cheveux d’enfant. On se picore. On se raconte le quotidien. La neige à Montréal, les enfants, la petite vie qui cabosse qui fatigue qui illumine. Je glisse ma jambe sur ta tienne. Ta main sur ma cuisse, tu me dis que j’ai des cuisses de grenouille. Tu ajoutes. J’aime les cuisses des petites françaises. Je ris. Je te dis d’arrêter de raconter des bêtises et de m’embrasser plutôt. Tu m’embrasses.

Tu as réservé une chambre dans cet hôtel qui vient tout juste de réouvrir après des années de travaux et où je rêve de dormir. Tu le sais. Tu connaîs mon goût pour cet architecte décorateur qui en est à l’origine. Tu dis. Un lieu à l’image de nos retrouvailles. Un lieu qui prend au cœur et dont on se rappellera encore de chaque détail dans cinq ans. Je souris.

On s’embrasse, se respire, se presse. On se rit, se fait mal. On est des tempêtes. On est doux, on est légers. On se tord, se serre. On murmure des mots d’amour, des mots sales. On s’écorche. On se lèche, s’empoigne, se relâche. On jouit. On ne dort pas. On oublie de dormir. On rêve, on est rêvés. On crie. On se caresse, se palpe, s’inspire. On se marque. On se vit, on s’aime, voilà. Cette nuit-là, on s’aime et rien ne compte de plus que cet amour-là.

Avant l’aube, un taxi t’attend. Dans moins de deux heures, tu seras dans un avion pour Montréal. On se dit à bientôt d’un ton léger, d’un ton qui dit que l’on se reverra sûrement demain ou après-demain. Un à bientôt qui ment.

Je reste seule. Je reste seule dans cette chambre d’hôtel. Cette chambre qui me rappelle la beauté de cette nuit et le manque déjà de ta présence. En tailleur sur le fauteuil, j’observe les couleurs du ciel et la solitude retrouvée. Le manque de ton corps et la beauté des toits parisiens. Le jour se lève. Je tremble. J’ai ce sentiment d’être vivante qui berce, secoue. Ce sentiment qui me colle au corps et me fait, doucement, sangloter.

Paris – Montréal. 5723 kilomètres. Et ton désir qui bat encore au creux de moi.

 

Lui

Tu penses à son corps nu. À son sexe tendu pour toi. Tu penses à ses mains sous ton pull. Sur ton cul. Dans tes cheveux. Tu penses à la façon dont il te faisait l’amour. Animale, instinctive et fusionnelle.

Tu penses à toutes les fois où il t’a prise contre un mur. C’est lui qui t’a appris l’amour partout, l’amour qui ne se contrôle et s’attend pas. Le désir brut des corps qui s’aimantent. Les corps aimant. C’est avec lui la première fois où tu as fait l’amour dans une cour, un couloir, un bureau. Dans sa voiture en face de ton appartement et dans les toilettes de cette réception trop guindée. Il aimait te faire perdre le contrôle. Il t’aimait impudique et obsédée par ton désir pour lui. Il t’aimait entière et libre.

Tu penses à son regard insolent et à ses mots crus. Tu penses à ses provocations et à son sourire. Tu penses au désir qu’il avait pour toi et à la façon dont il te regardait.

Tu penses à lui, tu le désires encore parfois, tu voudrais le lui dire. Tu voudrais le remercier aussi. Le remercier de t’avoir fait grandir, de t’avoir appris pour la première fois à regarder ton corps comme celui d’une femme. A apprivoiser ton désir sans en avoir honte. Tu voudrais le remercier de t’avoir appris la bienveillance, de t’avoir aider à te voir à travers son regard.

Tu penses à lui et à la vie devant toi. Tu penses à lui et tu supprimes son numéro de ton répertoire.